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Jet dencre no8 Collectif

Jet dencre no8

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 About the Book 

Liminaire prosePatrick NICOL et Denis SMITHJ’achète tous les numéros huit qui paraissent: formats poche, revues, encyclopédies. De cette façon, je garde le moral. Le matin, en route vers un pourquoi, j’emprunte le viaduc. Le tracé de ma piste deMoreLiminaire prosePatrick NICOL et Denis SMITHJ’achète tous les numéros huit qui paraissent: formats poche, revues, encyclopédies. De cette façon, je garde le moral. Le matin, en route vers un pourquoi, j’emprunte le viaduc. Le tracé de ma piste de course décrit un huit, je n’y peux rien, c’est comme ça.Une autre journée consumée dans l’impatience d’entamer la seconde boucle. Je tiens contre moi un numéro huit tout chaud… Allons-nous dans ces pages retourner la poésie contre elle-même? Faire porter le chapeau à la prose? Il faut dire qu’il n’y a pas si longtemps, la plupart des gens écrivaient la prose avec un chapeau. Enfin le bruit a couru. Mais depuis qu’un personnage a mis dans sa bouche des cailloux pour les sucer longuement, quelques poètes ont cessé de faire la moue, certains recomptent les pétales du lotus, d’autres rappellent à l’attention du lecteur que, lorsqu’on pendit Mussolini par les pieds, il en perdit son chapeau.Une aventure en vaut-elle une autre? Sous le viaduc, je me vois passer dans l’autre sens, les yeux encore collés. Dans le jargon, on appelle cela la croisée des chemins. Je suis celui qui publie ce numéro huit. Ce texte parle-t-il assez de lui-même? Cela le sauvera-t-il du chapelier masqué?Autour de la table, des décisions flottent sans tomber- l’air devient si épais qu’on ne distingue plus la scène des coulisses.Quelqu’un demande:Où est le second codirecteur?Il a pris refuge derrière le créneau.C’est la première fois que j’ouvre la bouche et me voici cerclé d’un chapeau. Plus moyen de me taire.Ça, ça… Ça, c’est de la prôse!On me fait signe d’aller réfléchir derrière le créneau. Je retrouve le codirecteur, il fait froid, c’est humide, ensemble nous formons une boule, comme il se peut. Il me chuchote des horreurs. Je crois qu’il est jaloux de mon chapeau. Sur sa tête, il se retrouve. À la table nous roulons…Doit-on rire avec le porteur du message ou engager un sot, former un groupe, et rire du porteur du message? Faut-il rendre la lune aux gens de bonne volonté et vivre sa prochaine rédemption dans un centre d’achats? Comment se passer du sursis de la fiction? Qui s’en passe? Pincez-vous. Pour ma part, je retourne au récit:Avec un huit sous le capot, le temps se dilate. Arrivé chez moi, j’ouvre, évidemment. J’ai l’impression qu’on m’épie, qu’on me tape dessus avec un marteau en sucre, qu’on me pousse à l’eau. Sans la tentation de se perdre, il faut bien le dire, un grand nombre de charmes singuliers risquent de se dissiper. Et si la responsabilité inhérente à… Vite, un bain. Et ce numéro huit.[Silence]Je dors, enfin je crois. Les voix qui m’arrivent ne ressemblent à rien de ce que je connais. Quand j’ouvre les yeux sur une page, je constate que le troupeau des lettres a pris sur lui de migrer. Un «G», élégante bête à cornes, est en tête de cortège. Les lettres sont en route vers ma chambre. Je sors de l’eau. À la file indienne, elles gravissent la table de chevet, se glissent sous la couverture. Remarquez qu’avec un huit couché sur le côté, on obtient quelque chose de considérable.Post-LiminaireNathalie WATTEYNEComme dans un rêve, Patrick Nicol et Denis Smith ont placé le liminaire de ce numéro sous le signe de l’«inquiétante étrangeté» et de la logique par l’absurde, avec l’affection particulière qu’ils vouent au chiffre huit. Ils jonglent ainsi avec le cirque et ses avatars, qui donne au numéro huit sa coloration particulière. En ouverture, les textes de François Hébert et de Louis-Philippe Hébert pré-sentent, foisonnants, un concert de voix et un carnaval des corps. Dans «Colloque fondamental», dont le titre se veut un clin d’œil au «Colloque sentimental» de Verlaine, le scripteur fait mine de relater, à travers les langages particuliers à chacun, une discussion sérieuse. Cette espèce de soliloque à plusieurs, qui tient aussi d’une farce, est porteur d’une tendresse réelle, dans la mesure où il rend la solitude profonde de l’individu dans un monde professionnel moderne. De même, l’effet de ressassement, qui tient à la série d’épreuves endurées par «La femme à barbe», provient de la description qui est faite de sa posture bouffonne, qui contraste et ne contraste pas avec l’écriture resserrée de Louis-Philippe Hébert. C’est l’envers du décor forain que l’on peut voir avec cette femme mal-aimée qui inspire l’horreur et la fascination. À ces langages de l’excès faits de dérision succède la douceur sensorielle et intime qu’installent Stéphanie Kaufmann, puis Pierre Nepveu, pour dire autrement la vulnérabilité. Dans «Ici et là», la première offre une poésie faite d’inquiétude sourde et d’étonnement au quotidien. Et si le fugace et le fugitif donnaient lieu à de curieuses embardées? Avec une sensualité diffuse et une grande maturité poétique, Pierre Nepveu s’interroge dans «Des pierres sur la table» sur la densité de la matière et l’intensité des trajectoires des corps. Tendue, chaque vie est dite selon un découpage des vers et des phrases extrêmement précis. Ces tableaux tout en demi-teintes marquent un temps d’arrêt avant la reprise des exercices d’équilibre et de domptage des pulsions qui se poursuit avec la chevauchée à laquelle nous convie Julie Tremblay dans «Cirque fou».La prose n’est pas en reste avec son lot de violences larvées et de corps en dérive. Dans «Egestas», «Le dompteur de chiffres» et «Relictio», Réjean Bergeron imagine des terres lointaines où le voyageur s’enfonce, en quête d’un monde différent. Mathieu K. Blais livre pour sa part les fantasmes aussi surréalistes que rocailleux d’un jeune homme qui a «L’espoir d’un mamelon dans l’autobus de la terreur» ou qui est atteint de «Phagocytose», étrange maladie qui porte à vouloir faire l’amour à son téléviseur. France Daigle détourne, en chantant, le drame des générations à travers le jeu des voix familiales auquel elle se livre dans «Couleurs». Le dialogue père-fils rend avec vivacité l’idée que leurs références culturelles ne sont pas les mêmes. July Giguère évoque avec une économie de moyens remarquable le tête-à-tête mystérieux d’une femme avec ses cadavres dans la nouvelle d’une page, «Après la pluie». Mélanie Grenier se livre, elle aussi, à une fantaisie singulière, en racontant l’histoire sans histoires de Madame et de Monsieur Ho, couple mal assorti et des plus beckettiens. Désœuvré, Monsieur n’en peut plus d’attendre Madame… La tension et les comportements excentriques de chacun suscitent échecs et désillusions. Le travail du négatif se poursuit sous la forme d’un autre récit circulaire irrégulier, «Jaune» de Luc LaRochelle. Des personnages cherchent à s’adapter au quotidien et veulent s’expliquer les comportements bizarres d’autrui: Marie Claude Malenfant le montre à travers une série de signaux de la voix, dont celle de «L’Ogresse», mère dévorante qui voudrait faire subir à ses enfants le même sort qu’à son mari désormais en cavale. La brutalité et le désir menaçants de cette femme aigrie se traduisent par des accents de colère livrés dans un langage où le registre familier le dispute à la rage mortifère. La désinvolture de Dominique Tardif, qui publie ici son premiertexte en prose, se donne à lire dans une rêverie amoureuse, avec le retour d’un jeune homme dans le coin de pays où il a grandi. Désir d’évasion et quête de bonheur se trouvent ainsi formulés dans un texte d’une seule coulée, dont le rythme a pour fonction de dire le refus des limitations sociales.Enfin, un entretien de Sarah-Geneviève Perreault avec Jean-Marc Desgent fait le point avec cet acteur du champ poétique québécois depuis plus de trente ans. Associé dans sa jeunesse aux pratiques marginales d’écriture de Cul-Q, celui qui a remporté des prix de poésie aussi prestigieux que le prix du Gouverneur général tout récemment, s’interroge sur l’histoire récente de la poésie québécoise, et dit l’importance qu’ont pour lui le rythme du poème et les contacts intergénérationnels.Dans ce numéro, les pratiques flamboyantes et jubilatoires des uns alternent avec les paroles presque chuchotées des autres dans un travail de la voix et un effort sur le style qui marquent le désir des uns et des autres de risquer des formes nouvelles, soit en créant une tension entre le vers et la phrase, soit en juxtaposant des voix qui rendent le caractère spécifique des êtres. Qu’elles soient excessives ou sobres, ces écritures sont tournées vers la lucidité.PROSE« Qui donc voudrait diriger un nombre incalculable de mains »Egestas – Le Dompteur de chiffres – Relictio / Réjean BERGERONL’espoir d’un mamelon dans l’autobus de la terreur – Conquistador des pieds – Phagocytose / Mathieu K.BLAISCouleurs / France DAIGLEAprès la pluie / July GIGUÈREL’humeur de madame Ho / Mélanie GRENIERJaune / Luc LAROCHELLEL’Ogresse / MarieClaude MALENFANTComme un homme libre / Dominic TARDIFPOÉSIE« Il me semble entendre des gens parler dans les airs,je ne vois pourtant personne »Colloque fondamental / François HÉBERTJe suis la femme à barbe / Louis-Philippe HÉBERTIci et là (extraits) / Stéphanie KAUFMANNDes pierres sur la table (extraits) / Pierre NEPVEUCirque fou / Julie TREMBLAYEntretien avec Jean-Marc Desgent« J’écris à la main »Le sens du monde / Propos recueillis par Sarah-Geneviève PERREAULT